« Notre tour du monde entre étudiants de confessions différentes » – Eloi Deschamps

octobre 22, 2017

Une année de césure mise à profit d’un engagement solidaire, et qui sait d’une future vie professionnelle tournée vers l’économie sociale et solidaire.

 

TÉMOIGNAGE // Eloi Deschamps, 21 ans, est étudiant dans une école de commerce et il a décidé de profiter de son année de césure pour faire un tour du monde avec d’autres étudiants, tous de confession différente. Leur objectif ? S’engager pour le vivre ensemble.

“Plantons le décor. Nous sommes au début du mois de septembre, il est 9h du matin à Dar Es Salaam en Tanzanie, 8h en France. Je m’apprête à me mettre au travail – mails, interviews, vidéos, skype, la routine habituelle – tout en observant un énorme lézard ramper dans ma direction, face à l’océan indien et l’île de Zanzibar. Mais vous vous demandez sûrement ce que je fais là ?

Tout commence à Bordeaux en 2015 dans un petit local associatif où deux musulmans, quatre chrétiens, un juif, et quelques agnostiques se rassemblent pour partager un gâteau marbré et du jus de fruit. Petit à petit, nos ambitions grandissent et une équipe se structure dans le cadre de l’association Coexister pour mener des projets en faveur du vivre ensemble.

D’une colocation étudiante à un tour du monde

A Bordeaux, par exemple, j’ai réussi à monter une colocation étudiante avec un protestant, une musulmane et une chrétienne. Une initiative remarquée par une journaliste de France Inter nous interviewait dans notre salon.

Ensuite, j’ai décidé de profiter de mon année de césure pour participer à un projet encore plus ambitieux, l’Interfaith Tour. Depuis la première édition, il y a cinq ans, plusieurs équipes sont déjà parties parcourir les 193 pays du monde pour promouvoir le vivre ensemble. Pour participer, j’ai monté une équipe avec 4 amis (athé, juif, musulman et chrétien) et nous avons réussi à être sélectionnés.

Un an et demi ont ensuite été nécessaires pour rassembler les subventions et les fonds nécessaires pour couvrir les 80.000 € de budget du tour. Crowdfunding, partenariats institutionnels, financiers ou publicitaires nous ont permis de rassembler suffisamment pour l’achat du matériel vidéo, la refonte totale de notre site et le tour.

Un triple objectif

Pendant sept mois, nous allons nous rendre dans 20 pays du monde : Canada, Sri Lanka, Nouvelle-Zélande, etc. Nous voulons montrer qu’il y a des exemples de sociétés qui survivent aux conflits et qui se reconstruisent, et faire découvrir certains pays comme la Tanzanie, où plus de 120 tribus, ont réussi à s’unir.

Ce projet a trois objectifs : la promotion des initiatives et des acteurs du vivre ensemble ; la mise en réseau de ces acteurs et de ces actions pour créer une « peace map » interactive ; et enfin, la création d’un portfolio de bonnes pratiques que nous allons proposer à l’Education Nationale pour que chacun puisse étudier dans le respect de ses convictions.

Reste ensuite à financer à notre retour un tour de France de 40 villes pour rendre compte de notre aventure.

Dans l’équipe, nous sommes tous étudiants. Bettina étudie le cinéma, Bénédicte est en master à Sciences Po Strasbourg et Sami est un futur prof des écoles marseillais. Pour ma part, j’ai fait une prépa lettres avant d’intégrer l’école de commerce KEDGE BS, avec l’envie d’apporter plus d’humain dans le monde des entreprises et de changer les choses de l’intérieur.

Créer des liens entre mon engagement et ma future vie professionnelle

Je me considère comme quelqu’un d’engagé, du genre à éviter les fast-foods et à préférer des smartphones plus éthiques comme le Fairphone.

Une fois en école, j’ai découvert que l’économie sociale et solidaire n’avait attendu personne pour se frayer une place de choix dans les masters de grandes écoles. L’humain, le vivre ensemble et le dialogue interreligieux y sont même des thèmes particulièrement porteurs. Aujourd’hui, j’ai vraiment réussi à créer des liens entre mon engagement associatif au sein de Coexister et ma future vie professionnelle.

Le vivre ensemble c’est un travail, un engagement, une prise de position qui consiste à sortir de chez soi, à parler à son voisin et à redevenir civique. Une sœur catholique japonaise à Nazareth en Israël m’a dit en arabe : « le voisin à côté de chez toi est plus important que ton frère qui habite loin ». Cette phrase m’accompagne depuis et je souhaite qu’elle vous inspire aussi. Engagez-vous, prenez-vos responsabilités ! Chacun peut et doit faire sa part dans ce monde.”

Article initialement publié sur start.lesechos.fr

©  Eloi Deschamps