ArticlesSaison 5

Allemagne [S05E00]

Illustration du projet InterFaith Tour

Partie I : le contexte

Chiffres clés : 

  • Indice de Paix : 1.494
  • Indice de diversité religieuse : 5.3

L’indice de Paix est mesuré par l’institut d’économie et de paix en Australie à l’aide d’une méthodologie qui prend en compte 23 indicateurs et qui donne une note entre 1 et 5 à chaque pays, 1 étant un pays très pacifique et 5 étant un pays très instable. Voici le lien du rapport 2021 : https://www.visionofhumanity.org/wp-content/uploads/2021/06/GPI-2021-web-1.pdf 

L’indice de diversité religieuse est porté par le Pew Research Center aux États-Unis. Il mesure le degré de diversité religieuse dans chaque pays entre 1 et 10, 1 étant un pays très peu divers religieusement et 10 un pays très divers religieusement. Voici le lien du rapport 2020 : https://www.pewresearch.org/wp-content/uploads/sites/7/2014/04/Religious-Diversity-appendix-1.pdf 

Pourquoi l’Allemagne :

Nous souhaitions étudier un pays frontalier de la France et pourtant si différent concernant les liens entre les cultes et l’État notamment en matière d’éducation au fait religieux et au financement cultuel lié à l’impôt. Nous souhaitions également étudier le rapport à l’Histoire, aux pratiques mémorielles liées à la Seconde Guerre Mondiale et la manière dont les organisations interconvictionnelles s’en emparent. 

Les récentes immigrations en Allemagne font également l’objet d’une stigmatisation croissante par de nombreux partis d’extrême droite comme l’AfD (Alternative für Deutschland). La montée des mouvements anti-musulmans et anti-réfugiés est assez inquiétante. Alors, quelles initiatives luttent contre cette montée des intolérances ? Existe-il des actions interreligieuses qui se mobilisent contre les discriminations des musuman·es ?  

La diversité de convictions en Allemagne : 

En Allemagne, environ 2⁄3 de la population est croyante et un peu plus d’⅓ ne croit pas en Dieu ! Les croyant·es sont majoritairement chrétien·nes avec 27% des Allemand·es catholiques et 25% protestant·es. Aujourd’hui, environ 5% des Allemand·es sont musulman·es dont ⅔ originaires de Turquie. La population juive représente 100 000 personnes.

C’est au XVIe et XVIIe que la cartographie religieuse de l’Allemagne se fixe suite à la réforme protestante qui commence avec l’affichage des 95 thèses par Luther en 1517. Ces thèses sont à l’origine de la Réforme protestante et de la scission entre catholiques et protestant·es. Luther critique alors l’Église catholique qui, selon lui, abuse de la confiance des fidèles. Il dénonce plus particulièrement la vente “d’indulgences”, supposées assurer le salut des chrétiens  et chrétiennes en allégeant leurs peines. Depuis le XVIIe,  le nord-est de l’Allemagne est majoritairement  protestant et le sud-ouest principalement catholique. 

En 1933, près de 522 000 personnes juives vivent en Allemagne. Environ 304 000 juifs et juives, soit plus de la moitié, émigrent pendant les six premières années de la dictature nazie. En 1939, il reste environ 214 000 juifs et juives en Allemagne. Au total, les Allemands et leurs collaborateurs tuent pendant la Shoah entre 160 000 et 180 000 Allemand·es juifs et juives. Le génocide des juifs et juives fait environ 6 millions de morts dans toute l’Europe. Aujourd’hui, les 100 000 juifs et juives présent·es en Allemagne sont souvent originaires ou descendant·es de parents qui ont fui l’URSS pendant des périodes de persécutions religieuses après la Seconde Guerre mondiale. 

L’islam est une religion plus récente en Allemagne. Les Allemand·es musulman·es sont à 2/3 des enfants et petits enfants de travailleurs turques (Gastarbeiter) des années 1960 et 1970.  Sur le territoire allemand, il y a presque une égalité entre les musulman·es turques et ceux et celles originaires d’autres pays. L’organisation du culte musulman est assez complexe puisque beaucoup de courants existent et dépendent des pays d’origine des populations musulmanes. La “Deutsche Islam Konferenz” a été créee en 2006 ( DIK – Conférence Allemande de l’Islam ) veut permettre un dialogue entre ces différentes communautés.

L’interconvictionnel et la paix en Allemagne : 

L’Allemagne est un pays qui a connu deux guerres mondiales sur son territoire et qui a été le lieu où est née l’idéologie qui a mené à la Shoah. Ainsi, son rapport au fait religieux et à la construction de la paix est complexe et au cœur des politiques publiques qui font l’identité allemande aujourd’hui.

Concernant le fait religieux, si les cultes et l’État sont séparés, des cours d’instruction religieuse sont proposés aux élèves dans toute l’Allemagne de manières différentes suivant les régions allemandes (Länder). De l’enseignement de l’éthique à l’enseignement laïque aux faits religieux en passant par l’enseignement confessionnel, chaque région propose une manière singulière d’aborder ces sujets si présents dans l’actualité. Souvent, il y a deux types d’enseignements sur le fait religieux. Tout d’abord, l’enseignement à l’éthique dont l’objectif est de donner une culture religieuse large et transversale aux élèves. Les sujets touchent ainsi à l’anthropologie et aux sciences des religions. L’objectif est d’inculquer les idées de démocratie, de liberté et d’humanisme aux élèves. Ensuite, il y a l’enseignement confessionnel, qui se rapproche de l’enseignement religieux dans les écoles privées en France. L’objectif affirmé est celui de la transmission d’une foi.

En plus de l’enseignement au fait religieux, la religion ne fait pas entièrement partie du domaine privé puisque les citoyens peuvent déclarer leur confession et distribuent une partie des impôts aux Églises protestantes ou catholiques, qui sont le deuxième employeur du pays après l’État. Cet impôt ne concerne ainsi pas toutes les religions notamment l’islam. 

Concernant la construction de la paix, liée à l’histoire de l’Allemagne jusqu’aux vagues migratoires contemporaines, les politiques gouvernementales sont nombreuses. Un investissement important est d’abord attribué aux politiques et pratiques mémorielles. Des mémoriaux et des journées de commémoration sont mises en place dans tout le pays. De plus, le gouvernement mise beaucoup sur l’outil interreligieux et interconvictionnel pour renforcer la cohésion sociale, et gérer les dynamiques entre différentes communautés religieuses. 

Dates clés :

  • 1848 : Printemps des peuples germaniques
  • 1918 : Armistice après la Première Guerre Mondiale
  • 1945 : Armistice après la Seconde Guerre Mondiale
  • 1970 : Immigration turque en Allemagne
  • 1989 : Chute du mur de Berlin

Partie II : l’étude InterFaith Tour

InterFaith Tour 

  • 1 ville étudiée : Berlin
  • Saison 1, août 2013 : 5 entretiens avec 5 personnes (3 femmes et 2 hommes)
  • Saison 4, décembre 2018
  • Saison 5, juillet 2021 : 7 entretiens avec 10 personnes (6 femmes et 4 hommes)
  • 10 initiatives identifiées
  • 18 bonnes pratiques recensées 

Les entretiens réalisés :

  • Roland – 15/08/2013
  • Mahmoud – 15/08/2013
  • Ellen – 15/08/2013
  • Malte – 15/08/2013
  • Peter – 15/08/13
  • Patricia, Anni – 23/07/2021
  • Kübra – 18/07/2021
  • Karim – 23/07/2021
  • Gil, Rachel – 22/07/2021
  • Elizabeth – 22/07/2021
  • Dennis, Nora – 28/12/2018, 21/07/2021
  • Lorris – 20/07/2021

Nos découvertes et apprentissages : 

Nous avons découvert l’importance de la diversité de l’éducation aux faits religieux dûe à des systèmes éducatifs différents selon les régions en Allemagne. Ainsi, les familles et élèves peuvent avoir accès à différentes options selon leur lieu d’habitation et leur tradition respective. Nous avons été aussi étonnées de voir que l’islam ne bénéficiait pas des mêmes règles, notamment dû à son arrivée plus récente en Allemagne. Des raisons politiques existent également car les institutions religieuses musulmanes souhaitent maintenir un lien avec les pays d’origine de leur communauté. Nous avons aussi pu apprécier l’effort public réalisé sur les pratiques mémorielles liées à l’histoire de la Shoah. En revanche, il apparaît clair que ces pratiques doivent être accompagnées d’un soutien à la société civile, notamment les organisations interconvictionnelles, mettant en place des programmes pour renforcer la cohésion sociale.

Les bonnes pratiques recensées : 

  1. Berliner Forum der Religionen (Forum des religions à Berlin)
  2. Lange Nacht der Religionen (La longue nuit des religions)
  3. Muslim Jewish Conference, MJC (Conférence Judéo-Musulmane)
  4. Discourse against islamophobia and antisemitism (Discours contre l’islamophobie et l’antisémitisme)
  5. Dialogue Perspectives
  6. Coalition for pluralistic public discourses (CCPD) 
  7. JUMA
  8. Tribune “We are not going to be divided” (nous n’allons pas être divisées)
  9. Interreligious Peers
  10. Festival judéo-musulman
  11. Shift AMR
  12. Forum Dialog
  13. House of One
  14. Le podcast 331
  15. Neue Deutsche Organization, NDO (Les nouvelles organisations allemandes)
  16. Miphgash
  17. Faiths in Tune
  18. Projet « Mee too respect »

Les astuces des actrices et acteurs de paix :

⇒ Dennis : “What works ? You have to give people space to tell their stories, to say their feelings without judgment” (ce qui marche ? Proposer aux personnes un espace pour qu’elles partagent leur histoire et leurs sentiments sans jugement)

⇒ Gil : “Striking the balance between a progressive policy and welcoming people who are not, is a real challenge.” (trouver l’équilibre entre une politique progressive et accueillir des personnes qui ne le sont pas est un vrai défi)

Liste des productions :

⇒ Article “La mémoire à chaque coin de rue”

⇒ Vidéo Saison 1 InterFaith Tour

Bibliographie :

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