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JournalSaison 4

Arrivée à Jérusalem

Avec Floraine, on se réveille encore dans notre super chambre chez Bila et Yehuda. On refait rapidement nos sacs (encore !) avec du linge tout propre qui sent bon, parce qu’aujourd’hui on part pour Jérusalem. Bila est déjà réveillée, elle nous a préparé un super petit-déjeuner : de la semoule avec du miel et des raisins secs… Ça va être difficile de partir de cette maison, on a vraiment eu l’impression d’être accueillies et chouchoutées par nos grands-parents, ça fait du bien ! On leur dit au revoir avec émotion, mais on se promet d’essayer de revenir les voir à notre retour à Tel-Aviv dans une semaine.

On prend le train et le bus pour rejoindre les garçons à la gare routière. Après quelques galères pour faire marcher la machine à tickets et trouver le bon bus sur des écrans où c’est écrit en hébreu, nous voilà installés. On est super impatients d’arriver à Jérusalem : les trois autres en partie pour des raisons liées à leur foi, moi simplement parce que l’histoire de cette ville me donne le vertige. Jérusalem, c’est tout un symbole. On écoute de la musique dans le bus, en profitant du beau paysage qui défile devant nous. À l’arrivée, on prend directement deux autres cars pour rejoindre le mont des oliviers, où nous serons logés les prochains jours chez les sœurs bénédictines. L’accueil des sœurs est très chaleureux, elles nous offrent l’accès à deux salles immenses au sous-sol du monastère, où nous serons parfaitement bien installés. Mais on ne traîne pas, on veut avoir le temps de manger dans la vieille ville avant notre rendez-vous de l’après-midi, surtout Abderrahim qui rêve d’aller faire sa prière du vendredi dans la fameuse mosquée Al-Aqsa.

On se met donc en route pour une bonne demi-heure de marche qui nous sépare de la porte de Damas et de la vieille ville. En sortant du monastère, nous prenons un chemin sur la droite qui longe un grand mur, et tout à coup nous nous retrouvons face à une des plus belles vues de ma vie. C’est une vue panoramique sur Jérusalem, l’esplanade des mosquées en face de nous, un immense cimetière juif au premier plan et la ville qui s’étend sur les collines autour. On est scotchés, on ne sait pas quoi dire, c’est tellement émouvant d’être là. Sur le chemin on croise des monastères orthodoxes, on longe des cimetières juifs et des synagogues, on croise le jardin où le Christ a été condamné, la maison ou la vierge Marie est née… on commence à vraiment prendre conscience du sacré de l’espace dans lequel on est.

Pendant qu’Abderrahim va prier, Floraine, Vincent et moi cherchons à manger dans le souk de la vieille ville. Les rues sont vides et calmes, on se pose avec un falafel en extérieur, et tout à coup l’ambiance change à 100% : c’est la fin de la prière. C’est une déferlante de monde dans la rue, qui marchent tous depuis la même direction, certains en habit traditionnel et d’autres non. Les marchands du souk se mettent a crier, on ne s’entend plus, et on retrouve dans cette vague humaine notre copain Abderrahim avec un grand sourire aux lèvres : il vient de vivre une de ses plus belles expériences spirituelles. Celle qui rigole moins c’est Floraine, qui vient d’être confrontée à sa plus grosse phobie : un gros serpent jaune dans les bras d’un homme qui marche dans le souk. Elle se remet doucement de ses émotions dans le bus qui nous conduit chez Lévi, le président de Rabbis for Human Rights, pour notre rendez-vous de l’après-midi.

Lévi nous accueille avec sa femme dans un très beau jardin, sous la glycine. Il nous parle des différents courants du judaïsme, des ultra-orthodoxes aux libéraux (auxquels il appartient) qui sont presque tous représentés dans son organisation. Ils mettent en place des actions non-violentes pour défendre les droits humains, notamment des Palestiniens. Il nous donne deux exemples très parlants : ils créent des chaines humaines de rabbins qui entourent les agriculteurs palestiniens pour les protéger pendant la récolte des olives, un moment où l’armée israélienne les empêche souvent de pratiquer leur activité parce qu’ils doivent se rapprocher des maisons des colons pour le faire. Également, lorsque la démolition des maisons de certains palestiniens est menée de manière illégale, les rabbins s’assoient devant les bulldozers pour les empêcher d’aller au bout de leur mission. Nous sommes impressionnés par l’honnêteté de Lévi, qui n’omet pas de nous parler des difficultés liées à son travail : certains Palestiniens refusent l’aide des rabbins, parce qu’ils ne veulent pas avoir l’air de coopérer avec des juifs. Certains juifs considèrent les membres de Rabbis for Human Rights comme des traîtres. Mais Lévi reste fier de son engagement, très lié à sa lecture de la Torah et à sa foi. Il nous décrit également la dernière prière qu’il mène chaque semaine dans sa communauté, avec qui il prie en hébreu puis en arabe pour la paix.

Après cette journée bien chargée, Abderrahim et moi avons mal à la tête et nous décidons de rentrer sur le Mont des Oliviers. Floraine et Vincent, eux, restent avec le rabbin Lévi pour célébrer l’entrée en Shabbat. Nous les attendons au monastère, où j’apprends à Abderrahim à jouer au backgammon : il se débrouille très bien ! Floraine et Vincent nous rejoignent quelques heures après, ravis de leur expérience, et nous profitons de notre première nuit à 4 depuis notre arrivée en Israël.

Adèle

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