ArticlesSaison 5

Brésil [s05e01]

Illustration du projet InterFaith Tour

Bienvenue au Brésil, notre premier pays de tour du monde et ce n’est pas par hasard…

Pourquoi avoir choisi ce pays toutes les quatre ? 

  1. L’histoire coloniale et le racisme qu’elle sous-tend aujourd’hui, nous a interpelées. En effet, comment construire le vivre ensemble là où les discriminations et la haine excluent une partie de la population, qu’elle soit d’origine native ou africaine ? Dès lors, nous avons cherché à comprendre comment la coopération entre les religions peut aider à combattre ces discriminations si inscrites dans la société brésilienne.
  2. Nous avons également souhaité savoir si les diversités religieuses et convictionnelles pouvaient être un levier afin de protéger l’environnement et notamment la forêt amazonienne. Est-ce qu’il existait des initiatives qui rassemblent des personnes de différentes religions et convictions afin de sauvegarder l’environnement ?
  3. Enfin, nous avons souhaité découvrir comment les revendications pour plus de justice sociale s’entrecroisaient avec les dynamiques de coopérations interreligieuses. Là où le clivage entre les classes sociales est incommensurable, existait-il des personnes qui agissent au nom de leur religion pour réduire les inégalités entre les très riches et les très pauvres ? 

C’est fortes de toutes ces questions et interrogations que nous sommes arrivées au Brésil, après deux semaines d’étude, voilà ce que nous avons recueilli :

Partie I : le contexte

Chiffres clés : 

  • Indice de Paix : 2.413
  • Indice de diversité religieuse : 2.3

La diversité de convictions au Brésil : 

Au Brésil, la spiritualité est partout ! Première nation catholique au monde avec 64% de la population catholique, deuxième nation chrétienne après les Etats-Unis avec  88% de la population chrétienne, le Brésil est un pays où les religions imprègnent les consciences et les représentations. Aujourd’hui, la religion catholique est en déclin alors que le protestantisme, qui représente 26% de la population, voit sa branche évangélique augmenter significativement depuis 30 ans. Le néo-pentecôtisme* précisément se développe peu à peu auprès des populations précaires notamment au sein des favelas des grandes villes. Cependant, derrière cette grande majorité chrétienne, il existe beaucoup de religions et de spiritualités minoritaires. Le spiritisme, religion née en France avec Allan Kardec, représente par exemple 2% de la société. Il n’existe pas de chiffres précis pour le chamanisme et d’autres traditions spécifiquement autochtones qui se pratiquent de plus en plus à visage découvert. Enfin, la proportion de la population brésilienne qui se réclament de religions afro-descendantes, comme le Candomblé et l’Umbanda, varient entre 0,3 et 3%.

L’interconvictionnel et la paix au Brésil : 

La Constitution brésilienne de 1891 garantit la liberté de culte et consacre le principe de séparation des Églises et de l’État. Celle de 1988 élargit les peines encourues pour les actes discriminatoires relatifs à la race, la couleur, la religion, l’ethnie ou l’origine nationale. Des politiques publiques mettent en place des quotas dans les universités publiques et intègrent l’histoire de la présence africaine dans les programmes scolaires. Pourtant, les minorités subissent encore beaucoup de violences et les préjugés sont légions. Les attaques à l’égard des religions afro-descendantes se comptent par centaines et les droits des personnes autochtones notamment d’Amazonie sont bafoués. Les guerres auxquelles se livrent les réseaux de narcotrafiques continuent de faire des victimes quotidiennement. Ainsi, l’indice de paix au Brésil le place au 126e rang sur 163. Les enjeux liés à la montée du néo-pentecotiste, au racisme que subissent les populations afro-brésiliennes ou natives amazoniennes, sont autant de sujets abordés lors de nos entretiens. Les personnes que nous avons interviewées sont inquiètes de l’état de la cohésion sociale au Brésil, en particulier depuis l’élection de Jair Bolsonaro et de son gouvernement ultraconservateur. L’élection présidentielle attendue fin 2022 se révéler être un point de tournant  et répondre à leurs demandes : une reconnaissance pleine et entière de la diversité de convictions au Brésil, une prise de conscience mémorielle liées aux populations afro-descendantes et natives, et une prise de conscience écologique et politique du lien avec la terre mère.

Dates clés :

  • 1500 – 1815 : Colonisation portugaise au Brésil
  • 1888 : Abolition de l’esclavage au Brésil
  • 1891 : La constitution garantit la liberté de culte et consacre la séparation des Églises et de l’État
  • 1976 : La religion du Candomblé n’est plus interdite

Partie II : l’étude InterFaith Tour

InterFaith Tour 

  • 2 villes étudiées : Rio de Janeiro, Sao Paulo
  • Saison 2, avril 2016 : 7 entretiens avec 8 personnes (3 femmes et 5 hommes)
  • Saison 5, octobre 2021 : 11 entretiens avec 13 personnes (8 femmes et 5 hommes)
  • 10 initiatives identifiées
  • 21 bonnes pratiques recensées 

Les entretiens réalisés :

  • Andre du Mouvement Interreligieux de Rio de Janeiro (MIR)
  • Moema leader religieuse de la théologie de la libération et de l’interreligieux
  • Rafael de Koinonia Ecumenical Presence and Service
  • Patricia de Mulheres Pela Paz
  • Andrea et Elias de Fe-minina et du groupe interreligieux de Sao Paulo
  • Nilton rabbin de la congrégation juive du Brésil
  • Thaiani et Lenise de la Nowa Cumig of Native Traditions Centre
  • Moema de l’ISER, l’institut des études religieuses
  • Juana de l’ONG Connectas
  • Mae Celina du Centro Cultural Pequena África
  • Étienne du consulat général de France à Rio de Janeiro 

Autres personnes rencontrées :

  • Andre et Mae Flavia de la casa de Perdao
  • Alice du concert interreligieux au théâtre Joao-Caetano
  • Mohammed de la Mosquée 

Nos découvertes et apprentissages : 

Nous avons été frappées par la diversité des influences dans la culture et l’identité brésilienne (musique, danse, arts, codes sociaux, nourriture…). La découverte d’une autre vision du syncrétisme nous a aussi beaucoup interrogées, puisqu’il est vu comme une norme au Brésil. Il n’est pas rare de rencontrer des personnes revendiquant plusieurs appartenances spirituelles tout en considérant que c’est un signe d’ouverture d’esprit évident. Nous avons également été marquées par la prégnance des disparités de richesse; par la proximité des quartiers riches et des favelas à Rio de Janeiro. Lors de nos entretiens, nous avons également observé un attachement particulier des acteurs et actrices de paix à l’Afrique comme terre d’origine du Brésil même pour des personnes sans aucune ascendance africaine. Enfin, le leadership majoritaire des femmes au sein des cultes afro-descendants ou chamaniques nous a beaucoup inspirées et nous a donné des preuves que le religieux pouvait ne pas être exclusivement masculin. 

Illustration du projet InterFaith Tour
Maud, Radia, Marie et Floriane au Pain de Sucre

Les bonnes pratiques recensées : 

  1. Manifestations contre l’intolérance religieuse
  2. Campagnes de plaidoyer et de sensibilisation pour la contrôle du port d’armes
  3. Action de destruction d’armes dans les lieux de culte
  4. Rédaction de la Charte de la Terre
  5. Action interreligieuse contre la mise en bourse de l’eau
  6. Plaidoyer à l’égard des instances gouvernementales
  7. Actions médiatiques pour lutter contre la désinformation
  8. Actions en justice pour soutenir les personnes victimes de violences et de discriminations
  9. Action de formation à l’accès au droit
  10. Production de connaissances et de littérature sur les sujets interconvictionnels
  11. Marches et cérémonies interconvictionnelles annuelles en mémoire des enfants assassinés
  12. Événements réguliers de dialogue et d’étude de textes religieux et spirituels entre femmes. 
  13. Concert interreligieux
  14. Ateliers en ligne de discussion avec des enfants de différentes convictions
  15. Faith for climate
  16. Production d’un documentaire sur l’engagement interreligieux au Brésil
  17. Interventions de différents leaders religieux lors des offices à la synagogue
  18. Action interreligieuse dans les prisons 
  19. Événements de dialogue interreligieux
  20. Événements de solidarité interreligieuse 
  21. Cercles interreligieux entre femmes
  22. Mise en réseau des mouvements interreligieux à Salvador de Bahia
  23. Cercle de discussions autour de la nature et de la création
  24. Conseils interreligieux aux parlementaires sur les projets de loi
  25. Cérémonie en mémoire des victimes du COVID-19
  26. L’initiative « My faith is anti racist »

Pour en savoir plus sur ces différentes pratiques : « Paix en pratique(s)

Les astuces des actrices et acteurs de paix :

  • Nilton Bonder : “Sois vraiment ouvert et libéral à l’extérieur, et essaye d’éduquer les personnes au sein de ta tradition.”
  • Nilton Bonder : « Écoute une personne qui n’a absolument rien en commun avec toi et essaye de comprendre, sans répondre.”
  • Andre Porto : “Réalise une cartographie de ce qui a été et collecte les bonnes pratiques à mettre en place pour toujours t’améliorer »
  • Andre Porto : “Aie confiance, à tous les niveaux, c’est le seul moyen d’obtenir une confiance mutuelle.”
  • Juana : “La raison pour laquelle ce sont les rabbins ou les prêtres qui sont engagés, c’est parce qu’ils ont du temps, ils sont payés pour ça ! Il faudrait donner un jour de congé payé par mois à toute personne souhaitant s’engager.”
  • Juana : “Il faut créer des espaces de discussions et de dialogue dans les entreprises.”

Liste des productions :

Bibliographie :

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