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ArticleSaison 4

Jamaïque (s04e14)

Bienvenue en Jamaïque, le pays de Bob Marley et d’Usain Bolt, du reggae et du cannabis, mais pas seulement. C’est également une société marquée par une grande diversité, sublimée dans sa devise nationale et dans ses pratiques artistiques. L’histoire du pays, liée à l’esclavage et à la colonisation, reste profondément ancrée dans les comportements politiques et sociaux des citoyens jamaïcains : elle est un exemple à étudier pour comprendre le poids de la mémoire de ces périodes historiques sur les populations qui en ont été victimes.

Sublimer par l’art l’identité jamaïcaine face à l’esclavage et à la colonisation

La Jamaïque était historiquement peuplée par deux tribus indigènes, les Arawaks et les Taïnos. Lors de la découverte de l’île par Christophe Colomb en 1494, le territoire passe sous contrôle espagnol : la totalité des indigènes présents en Jamaïque ont succombé à des maladies, et les colons ont repeuplé l’île d’esclaves africains. En 1655, l’Angleterre la conquiert et en fait l’une des plus grandes exportatrices de sucre au monde grâce à une économie de plantation fondée sur l’esclavage. Au XIXème siècle, la population noire de l’île est 20 fois plus élevée que la population blanche, et se rebelle lors d’une série de révoltes qui  éclatent sur le territoire. Elles sont rapidement réprimées, mais contribuent tout de même à nourrir et influencer les débats abolitionnistes au Royaume-Uni qui aboutissent à l’affranchissement des esclaves en 1834. Les Britanniques font à cette époque venir des chinois et des indiens en Jamaïque pour travailler dans les plantations, dont les descendants restent présents sur l’île aujourd’hui. Le pays n’obtient son indépendance (dans le cadre du Commonwealth) qu’en 1962 suite au développement de forts mouvements nationalistes.

Les stigmates de l’esclavage et de la colonisation sont encore très présentes dans la société jamaïcaine, et nourrissent en grande partie sa scène artistique. C’est par le prisme de l’art que nous avons commencé à appréhender le contexte historique et politique du pays, principalement parce que c’est le vecteur qui a sauvé, préservé et sublimé l’identité jamaïcaine au fil du temps. Les esclaves n’avaient pas le droit d’utiliser leurs langues, de pratiquer leurs religions ancestrales ou même de se réunir pour faire société. Pourtant, ils ont fait preuve de résilience et réussi à préserver, par la musique, la danse et le théâtre, leurs formes traditionnelles d’expression identitaires. Ce sont ces moyens qui ont permis qu’aujourd’hui encore, en particulier dans les zones rurales, certains rites religieux ancestraux soient toujours pratiqués. C’est notamment le cas de la « kumina », une sorte de vaudou fondé sur des percussions et de la danse, qui est un rituel de célébration de la vie, de la mort, de la naissance ou du mariage en lien avec les ancêtres. Le « garay » est une forme de réponse rebelle à la mort, qui souhaite signifier qu’elle n’a pas d’emprise sur le corps puisque nous avons la capacité de créer la vie. Les mouvements, pratiqués en musique, sont très liés à la communication entre sexes différents pour évoquer la procréation. La kumina et le garay sont deux exemples parmi un grand nombre de rites ancestraux qui font encore partie aujourd’hui de l’identité jamaïcaine, et qui inspirent en partie les artistes contemporains.

A Kingston, nous avons eu la chance de faire la connaissance de Marlon Sims, le doyen de la fac de danse au collège Edna Manley, la plus grande université des arts de Jamaïque. Le collège a été crée en 1970, avec l’ambition d’étudier et de faire perdurer par les arts les formes spirituelles ancestrales qui n’existent pas hors de la Jamaïque. La démarche est à la fois spirituelle, artistique et politique : l’enjeu est de sublimer et réaffirmer l’identité jamaïcaine ayant survécu à l’esclavage et à la colonisation justement grâce à l’art. C’est cette résilience qui est mise en scène par le collège Edna Manley, qui souhaite faire des racines culturelles jamaïcaines une opportunité pour créer de nouvelles formes d’art, en les connectant avec les pratiques contemporaines. L’université est dotée d’un centre de recherche qui mène des études de terrain pour étudier les religions et pratiques sociales ancestrales, afin d’en extraire des mouvements d’expression artistique. L’ambition est de travailler sur l’évolution de ces formes, en ne laissant pas de côté l’influence européenne qui a également structuré l’art jamaïcain : les esclaves s’emparaient des mimiques de leurs maîtres pour les singer, ou communiquaient par les percussions pour ne pas être compris, et toutes ces pratiques ont perduré sous des formes nouvelles. Le processus de créolisation est donc étudié par le collège qui en fait des ballets contemporains. La diversité, sous toutes ses formes, est au cœur de sa pédagogie : elle accueille des étudiants de toutes les nationalités caribéennes, de différentes religions (majoritairement chrétiens et rastafari), de diverses origines (africaines, européennes, indiennes, chinoises, japonaises), de différents sexes, genres et âges, des sourds et des entendants, des aveugles et des voyants. Les fondateurs de l’université considéraient la diversité comme un marqueur essentiel de la Jamaïque, et souhaitaient la préserver : les classes et troupes de ballets sont donc encore mixtes aujourd’hui.

Répondre à la violence de la société jamaïcaine

La Jamaïque a été une expérience particulière en termes de conditions sécuritaires à respecter. Nous avons eu un appel de l’ambassade de France à Kingston dès notre arrivée pour nous inviter à la prudence, à ne pas marcher dans la rue, à ne pas nous séparer, à ne pas suivre des inconnus ou nous rendre dans certains quartiers. Pour cause : le taux de criminalité est très élevé dans le pays, qui reste dans le top 5 mondial du nombre d’homicides par an. Cette situation s’explique par la grande violence de la société jamaïcaine, qui reste le lourd tribut de l’histoire de l’île.

Il existe une forte violence de gangs dans le pays, héritée en partie de l’influence de l’URSS et des Etats-Unis sur l’île au moment de la guerre froide. Le KGB et la CIA étaient alors très présents en Jamaïque, et ont manipulé une grande partie de la population en fonction de leurs intérêts. Les acteurs politiques étaient impliqués dans leurs manœuvres, et les gangs se sont développés sous leur influence dans le terreau fertile des quartiers les plus pauvres et défavorisés de l’île. Dans les années 1970, les campagnes électorales et périodes d’élection ont entrainé une recrudescence de la violence des gangs, qui a fait des centaines de victimes. Aujourd’hui ces gangs restent encore très présents dans la société jamaïcaine et enrôlent les jeunes les plus marginalisés dans leurs conflits politiques.

La violence en Jamaïque n’est pas seulement politique, elle est aussi largement domestique. De nombreux meurtres sont commis au sein des familles, des maris tuant leurs femmes ou des enfants assassinant leur père ou leurs frères et sœurs. Cela provient souvent d’une incapacité à trouver des outils de communication et de verbalisation des problèmes, probablement entraînés par un manque de cellules familiales hérité de la période de l’esclavage. En effet, à l’époque, les hommes et les femmes étaient encouragés à procréer pour fournir de la main d’œuvre mais immédiatement séparés après l’acte sexuel pour prévenir le développement d’un amour familial ou la volonté de défendre les siens. Des générations ont donc grandi sans exemple de structure familiale ou de figure parentale, et les effets de cette politique se font encore sentir aujourd’hui. Il est par exemple courant de voir des pères absents, qui multiplient les enfants avec des femmes différentes sans s’impliquer dans leur éducation. Cette violence domestique se double d’une violence sociale puisqu’elle touche majoritairement les classes les plus pauvres de la société. À cela, il faut ajouter que même dans les familles, les parents sont parfois obligés d’aller travailler à l’étranger pour trouver un emploi et de laisser les enfants à la garde de grands-parents qui n’ont pas la santé pour s’en occuper. Ces enfants laissés à eux-mêmes sont donc plus vulnérables, et souvent récupérés par les gangs qui les enrôlent dans leurs propres cycles de violences.

La violence est l’un des sujets sur lequel les activistes travaillent le plus en Jamaïque, elle est une thématique au devant de l’agenda politique, associatif et religieux. À Kingston, nous avons eu la chance de rencontrer Heru, le responsable de la communauté rastafari. Il nous a parlé des actions qu’il mène au sein de Jamaïcan Council of Interfaith Fellowship avec la coalition anti-violence du pays. Les représentants des différentes religions membres du Council (chrétiens, bouddhistes, musulmans sunnites, juifs, baha’i, hindous et rastafari) se rendent régulièrement dans les prisons et centres pénitentiaires pour travailler sur la réhabilitation des prisonniers à leur sortie et leur rapport à la violence. L’enjeu est de leur faire savoir que d’autres chemins s’offrent à eux pour construire une vie hors des gangs dans lesquels ils étaient souvent enrôlés très tôt. La communauté rastafari travaille beaucoup autour de la musique reggae pour faire entendre le message de paix qu’elle tente de propager. Un grand nombre de prisonniers deviennent musiciens à leur sortie suite à leurs ateliers avec des responsables rastafari en prison.

La question de la violence est également abordée par le Jamaïcan Council of Churches, un organisation œcuménique, qui regroupe les responsables de la plupart des religions chrétiennes présentes en Jamaïque, qui sont très majoritaires dans le pays. Ils ont crée un petit-déjeuner auquel ils assistent tous chaque mois, avec les principaux acteurs politiques du pays, pour débattre et échanger sur les manières de sensibiliser la population de la manière la plus efficace possible aux problèmes de violence. Ils souhaitent donc utiliser leur influence très forte sur les citoyens jamaïcains pour permettre de faire émerger un changement de mœurs, tout en collaborant avec le travail politique mené sur ces questions : l’ambition est d’avoir une approche holistique de la violence jamaïcaine pour tenter d’y répondre au mieux.

L’influence des structures religieuses et l’interreligieux sont donc utilisés en Jamaïque comme des moyens d’adresser la problématique de la violence de manière efficace. La coopération entre les différentes communautés est rendue possible par la grande tolérance religieuse qui règne dans le pays.

Tolérance religieuse et pratiques interconvictionnelles

La Jamaïque est un pays à large majorité chrétienne : cela concerne près de 80% de la population, répartis dans des dizaines de dénominations différentes. C’est le pays au monde qui possède le plus grand nombre d’églises par habitant. On y trouve également différentes communautés rastafaris, mais aussi de très petites minorités juives, musulmanes et bouddhistes.  Lors de notre séjour, nous avons eu la chance de rencontrer deux femmes qui font régulièrement visiter la synagogue de Kingston à des classes. En effet, les programmes scolaires de Jamaïque incluent l’apprentissage du fait religieux et la visite de différents lieux de cultes, y compris des synagogues et mosquées, alors mêmes que les populations juives et musulmanes représentent une extrême minorité dans le pays. L’examen qui marque la fin du lycée (équivalent du baccalauréat) inclut des questions sur les différentes religions, leur connaissance est donc nécessaire pour réussir et entrer à l’université. Ces programmes scolaires permettent aux jeunes jamaïcains d’avoir une bonne connaissance des différentes pratiques et croyances présentes dans leur pays, ce qui minimise la diffusion de préjugés et l’intolérance religieuse. Pour intensifier la connaissance mutuelle, le Jamaïcan council of interfaith fellowship organise régulièrement des services interreligieux, au cours desquels ils font participer des membres des communautés chrétiennes, bouddhistes, musulmanes sunnites, juives, baha’i, hindous et rastafari, qui prennent le micro tour à tour le temps d’une prière. Ces évènements sont souvent suivis d’un buffet qui est l’occasion pour tous les participants de partager un moment informel et de créer des liens.

Les spiritualités qui sont le plus incomprises dans la société sont celles qui ne reconnaissent pas l’existence de Dieu, telles que l’athéisme ou l’agnosticisme. La Jamaïque est un pays extrêmement croyant, dans lequel ce type de positions n’existe officiellement pas. La non-croyance est donc un paradigme difficile à comprendre et à accepter pour la plupart des jamaïcains. Pourtant, nous avons rencontré Pierre Lemaire, un français agnostique installé en Jamaïque depuis plus de 40 ans, qui a su faire de sa spiritualité un atout et un outil de travail interconvictionnel. Il a toujours enseigné le théâtre au collège Edna Manley, et y est devenu le doyen du département des arts dramatiques à la fin de sa carrière. De multiples communautés religieuses de Jamaïque font justement appel à lui pour son statut extérieur à toute religion. Il a crée des ateliers de théâtre, de mime, d’improvisation et de marionnettes qui permettent de donner corps à certains passages des textes religieux pour les interroger, rendre leur message vivant et lui redonner un sens qu’il perd parfois lors de l’apprentissage mécanique de certaines traditions. Différentes communautés religieuses, en particuliers chrétiennes, font donc appel à lui parce qu’il est agnostique pour mener ces ateliers avec des jeunes : d’après Pierre, c’est son regard extérieur et ses questionnements par le théâtre qui sont recherchés pour faire avancer la réflexion active des jeunes sur leurs textes sacrés.

La Jamaïque face à ses discriminations systémiques

Si la société jamaïcaine fait preuve d’une grande tolérance sur les différences religieuses, elle reste néanmoins responsable d’un certain nombre de discriminations systémiques sur la base de la couleur de peau, du genre, du handicap ou de l’orientation sexuelle. La hiérarchie coloniale a laissé des traces, et beaucoup d’opportunités s’ouvrent ou se ferment quotidiennement, dans toutes les sphères de la vie, selon le degré de blancheur de la couleur de peau. Les populations à la peau la plus noire sont souvent les plus vulnérables.

La société jamaïcaine est également très patriarcale et les femmes subissent des violences et des discriminations quotidiennement. De plus, l’avortement est interdit sur l’île, et il existe donc beaucoup de jeunes femmes qui décèdent après avoir dû faire appel à des accoucheuses dans des conditions sanitaires souvent inadaptées. À Kingston, nous avons rencontré Mustard Seeds, une organisation chrétienne qui mène un grand nombre d’œuvres caritatives, et qui a entre autres ouvert une maison d’accompagnement pour les jeunes femmes enceintes. Nous avons été très choqués d’apprendre que leur plus jeune pensionnaire avait à peine 10 ans.

L’une des principales sources de discrimination que nous avons observée concerne les membres de la communauté LGBTQI+. L’exclusion et la persécution des homosexuels et particulièrement courante, et va de paire avec le rejet systématique des personnes atteintes du VIH. Pourtant, l’épidémie de Sida est un lourd problème de santé publique, qui est rendu difficile à éradiquer à cause du nombre de préjugés négatifs qui circulent sur les victimes. Le Jamaïcan Council of churches s’engage dans la lutte contre cette maladie : les différentes institutions chrétiennes du pays sont en partie responsables de la propagation de l’homophobie et de la mauvaise image des personnes atteintes par le VIH qui règne en Jamaïque. Le Council s’engage donc dans la formation des ministres du culte, leurs présentent des faits scientifiques, et des statistiques sur le taux de suicide des personnes atteintes par le Sida. Les responsables religieux formés deviennent des conseillers sur le terrain, des personnes ressources capables d’accueillir la parole des victimes pour les accompagner vers une attitude responsable leur permettant de ne pas propager le virus. Le Jamaïcan Council of Interfaith Fellowship permet également à ses différents responsables religieux de se mobiliser pour encourager le dialogue sur cette question et la sensibilisation aux pratiques de prévention : port d’un préservatif et relations sexuelles avec un seul partenaire régulier autant que possible. Chaque communauté travaille sur la question de manière cohérente avec ses propres traditions : les rastafari par exemple tentent de faire passer le message par la musique, en écrivant des chansons qui parlent de prévention et de sexe protégé.

Spiritualité, politique et culture rastafari

Le rastafarisme est un mouvement spirituel, social, culturel et politique développé en Jamaïque depuis les années 1930. Il est hérité de la pensée de Marcus Garvey, un activiste émigré à Harlem qui annonçait la fin des souffrances du peuple africain outre-Atlantique en défendant sa reconnexion spirituelle avec ses racines : il proposait de sortir des interprétations occidentales de la Bible pour se rapprocher de ses lectures africaines, et de retourner à la Terre promise, en Afrique. En 1930, lors du couronnement de Hailé Sélassié, nouveau roi d’Ethiopie revendiquant une filiation qui remonte au roi Salomon par la reine de Saba, une communauté d’agriculteurs jamaïcains voit la prophétie de Marcus Garvey s’accomplir. Ils considèrent Hailé Sélassié comme leur prophète : c’est la naissance du mouvement rastafari, qui va subir de nombreuses persécutions de la part du gouvernement colonial puis des autorités néocoloniales de Jamaïque. À l’indépendance du pays, la musique reggae commence à diffuser le message rastafari sur l’île en quête d’identité culturelle, puis s’étend au reste du monde dans les années 1970 grâce à Bob Marley.

Le reggae est au cœur de l’identité rastafari. C’est une musique qui fait passer des messages politiques et des commentaires sociaux. Les rastafari souhaitent détruire la figure de « Babylone », qui représente au départ le système esclavagiste mais s’étend aujourd’hui à toute forme d’esclavage mental, à la non répartition des richesses, à l’oppression, au capitalisme, à la société de consommation, au nationalisme, à la guerre et au non-respect de la nature. « On regarde le système, le système de Babylone. On porte en nous les souffrances de nos ancêtres qu’on transmet aux générations suivantes, pour qu’elles perpétuent notre culture. Nos ancêtres travaillaient pour rien, et aujourd’hui la richesse n’est toujours pas bien distribuée, certains gagnent 4000$ par semaine et d’autres le salaire minimum, et à la fin de la journée ils achètent le même pain : c’est injuste. Nous devons créer un système égalitaire et non capitaliste. Bob Marley a chanté « jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de première et de seconde classe » : c’est une prophétie qui se réalisera, le monde va s’adapter à cette utopie » nous a partagé Héru lorsque nous l’avons rencontré. Il nous a sensibilisé au fait que le mouvement rastafari est également une entité politique qui défend cette vision du monde, avec un parti dont il est le responsable qui se présente à toutes les élections.

Notre entrée dans le contexte de la Jamaïque a été rendue difficile par les conditions sécuritaires, et nous avons mis un certain temps avant d’accéder aux enjeux du pays sans pouvoir aller dans la rue ou discuter au hasard avec des citoyens. Mais c’est finalement l’art qui nous a offert une porte d’entrée privilégié dans l’histoire du peuple jamaïcain, ses défis, ses peurs et ses aspirations. Nous avons été marqués par la richesse de l’identité culturelle du pays, qui sublime sa diversité par la danse, la musique et le théâtre.

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