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ArticleSaison 4

Paix en pratique(s) – Nouvelle-Zélande

You are Us

Sarah vient d’être ordonnée prêtre à l’église anglicane d’Auckland, et Masooma est une jeune femme musulmane impliquée dans l’humanitaire. Le lendemain des attentats visant 2 mosquées de Christchurch, Masooma et sa famille ont assisté à une réunion interreligieuse organisée par la paroisse de Sarah, qui portait un bracelet vert en signe de solidarité avec les musulmans victimes de l’attaque. Masooma a trouvé l’idée excellent, Sarah lui a confectionné le même bracelet, et elles ont partagé une photo sur les réseaux sociaux : c’est ce qui a marqué la naissance du projet “You are Us”. C’est une simple page Facebook, qui documente leur amitié pour normaliser et banaliser les relations islamo-chrétiennes et montrer que les différences religieuses ne sont pas un obstacle relationnel, au contraire. Les jeunes femmes partagent leurs moments communs, comme le voyage à Christchurch que Masooma a invité Sarah à rejoindre pour remercier les groupes de soutien aux victimes, ou l’ordination de Sarah, à laquelle Masooma a assisté. Elles montrent comme certaines luttes sociales ou environnementales les rapprochent, et relaient des articles et vidéos traitant du dialogue interreligieux pour diffuser du contenu positif, dénoncer les discours de haine et répondre aux éventuelles questions de ceux qui les suivent. Grâce au projet « You are Us », leur amitié simple, vraie et concrète peut servir d’exemple pour inspirer d’autres relations du même type et souligner la richesse qui émerge de leurs différences religieuses et culturelles.

Disarmament and Security Center

Rob Green et Kate Dewes ont crée le Disarmament and Security Center après une vie d’activisme pour le désarmement nucléaire. Ils se sont rencontrés lors d’un projet qui consistait à faire passer devant la Cour Internationale de Justice une obligation pour les Etats de signer une forme de convention sur l’élimination des armes nucléaires. Le texte juridique a été utilisé par des groupes de citoyens dans le monde entier pour demander des comptes à leurs Etats, et le nombre d’armes nucléaires a largement baissé depuis. Le mouvement de contestation qui a mené à cette victoire est né en Nouvelle-Zélande dans les années 1970, pour s’opposer aux essais nucléaires français dans la région. De nombreuses communautés religieuses ont été impliquées dès les prémices du mouvement, les Eglises protestantes et catholiques, ou les communautés juives, baha’i, hindous et mahori en particulier. Kate et Rob ont mis 10 ans à monter le dossier à déposer devant la Cour Internationale de Justice, en travaillant avec des diplomates, des activistes et des politiciens de différentes origines et religions, et des Etats musulmans, hindous, chrétiens ou laïques. Lors de l’étude du dossier, plusieurs communautés sont venues prier devant la Cour Internationale de Justice et le siège de l’ONU, et la déclaration a été traduite en plus de 40 langues pour lui permettre d’être signée dans le monde entier.

Rob et Kate ont contribué à la rédaction d’un guide sur le désarmement nucléaire avec l’ONG internationale Religions for Peace. Le guide montre que l’interreligieux est un fort levier au service de cette cause, puisque la menace nucléaire est universelle. L’influence des organisations religieuses et leur forte implantation locale permettent de mobiliser rapidement un grand nombre de volontaires et de toucher le plus de personnes possible. Aujourd’hui, Rob et Kate travaillent avec le Disarmament and Security Center à transmettre les milliers de ressources et de données accumulées au cours de leurs vies. Ils ont crée un site internet où ils recensent les histoires et parcours de centaines d’activistes pour le désarmement nucléaire, de différentes origines et communautés religieuses, et les pratiques non-violentes qu’ils ont mis en place pour faire avancer leur cause.

Anglican Cathedral of Auckland

L’église anglicane d’Auckland est impliquée depuis des années dans le dialogue interreligieux, et notamment islamo-chrétien. En 2017, en partenariat avec la communauté chiite, elle a organisé un iftar pour 200 personnes dans sa cathédrale et transformé le sous-sol en salle de prière éphémère pour les musulmans. En 2018, l’opération a été répétée avec la communauté sunnite d’Auckland. En 2019, l’événement a de nouveau eu lieu avec tous les acteurs ayant participé les années précédentes, et encore bien d’autres : le Ramadan étant juste après les attentats de Christchurch, l’église anglicane a souhaité inviter également différents prêtres et des médias, pour envoyer un message fort de solidarité et d’entraide.

La semaine suivante, l’église a invité des musulmans à venir parler de leur foi et partager leurs témoignages devant la communauté chrétienne d’Auckland. En retour, les jeunes de la paroisse sont allés à la mosquée pour faire la même chose. Les jeunes des deux communautés se sont rapprochés et ont tissé des liens forts, qui ont contribué à leur faire mener ensemble certaines luttes sociales ou environnementales. Par exemple, il y a eu une prière dans la cathédrale d’Auckland avant plusieurs marches pour le climat qui ont eu lieu le vendredi en Nouvelle-Zélande, et des jeunes musulmans sont venus rejoindre les anglicans qui défilaient depuis l’église jusqu’au lieu de la manifestation pour marcher avec eux.

La réaction positive de la cathédrale Anglicane d’Auckland après les attentats a été rendue possible parce que des liens durables et solides avaient été créés avec la communauté musulmane depuis des années. Leurs pratiques montrent que les relations interreligieuses se construisent dans le temps, mais aussi qu’elles sont essentielles pour assurer qu’une réaction positive prenne le dessus sur la peur et la colère après le déclenchement événements tragiques.

Paul Morris

Paul Morris est un professeur universitaire, chercheur, et le rédacteur de la Déclaration nationale sur la diversité religieuse de Nouvelle-Zélande. Il en a produit une première version en 2004, à la suite d’actes de vandalisme antisémites dans un cimetière juif. Il a vu la nécessité pour la société civile d’avoir un texte posant les bases de relations et interactions entre les différentes communautés religieuses du pays. Il a donc voyagé pendant 2 ans, dans des contextes ruraux et urbains, mixtes et homogènes, pour entendre les vues de ses concitoyens sur les questions de diversité. Lorsque la première édition du texte est sortie en 2007, des centaines de chrétiens s’y sont opposés et ont manifesté contre le premier article, qui rappelait que la Nouvelle-Zélande n’a pas de religion d’Etat. La large couverture médiatique qui a suivi a eu l’effet de lancer un débat national sur ces questions. 2 ans plus tard, Paul Morris a réécrit le texte pour s’adapter aux évolutions du contexte néo-zélandais, et notamment à l’inclusion grandissante du biculturalisme et du respect des traditions maories dans la vie publique. Le traité est devenu un texte de référence, notamment sur les questions d’écologie et de lutte contre les changements climatiques : il a permis une prise de conscience des impacts de la vie en communauté sur les enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Une troisième version de la Déclaration vient d’être publiée, en novembre 2019.

Pour lutter contre les tensions entre les communautés juives et musulmanes en Nouvelle-Zélande, Paul Morris a monté des groupes de discussion entre étudiants des deux religions, en partenariat avec la Fédération des associations islamiques. Ils ont ainsi l’opportunité d’apprendre à se parler, de discuter, et de faire des exercices sur la lutte contre les discriminations, les stéréotypes et les préjugés. Les groupes travaillent notamment sur les incompréhensions et projections historiques et politiques, comme sur la question de la Shoah ou de la situation politique au Moyen-Orient. Paul Morris développe également des ateliers pour juifs, musulmans et chrétiens autour d’enjeux de société importants en Nouvelle-Zélande, et qu’ils ont peu l’occasion d’aborder au quotidien, comme le nationalisme blanc.

Initiatives citoyennes post-attentats de Christchurch

Le lendemain des attentats de Christchurch, des citoyens de la ville de toutes les communautés religieuses se sont rassemblés autour des mosquées et ont fait une chaîne humaine en signe de solidarité et de sécurité pour les musulmans pendant leur prière. La semaine suivante, entre 20 et 30 000 personnes se sont rassemblées à Hyde Park pour rendre hommage aux victimes et faire acte de fraternité.

Le vendredi suivant les attentats de Christchurch, inspirées par la Première Ministre Jacinda Ardern, des centaines de femmes ont porté le hijab en solidarité avec les femmes musulmanes. L’objectif était de créer un espace de sécurité suffisant pour ouvrir le dialogue avec ces femmes sur les discriminations et les dangers auxquels elles font face au nom de leur appartenance religieuse, et de faire acte de solidarité. Un hashtag a été crée pour l’occasion, #HeadScarfForHarmony.

Le lendemain des attentats de Christchurch, les victimes juives d’une fusillade dans la synagogue de Pittsburgh ont organisé une levée de fonds et récolté plus de 100 000 dollars.

La semaine suivant les attentats, de nombreux habitants de Christchurch, musulmans et non-musulmans, ont planté dans leur jardin un panneau traduit en 6 langues où l’on pouvait lire « Peu importe d’où vous venez, nous sommes heureux que vous soyez nos voisins ».

Ivica Gregurec

Ivica Gregurec est un prêtre anglican qui a travaillé dans différentes îles du Pacifique. Très marqué par la précarité des étudiants dans plusieurs villes, il a eu l’idée d’ouvrir une coopérative agricole dans sa paroisse pour rendre les fruits et légumes abordables pour les jeunes. Il a crée une sorte de supermarché local où des volontaires trient, gèrent et livrent les produits pour faire baisser leurs prix. Lors de son appel à des volontaires, il a eu la surprise de découvrir que plus de 90% des personnes intéressées pour l’accompagner sur ce projet étaient des athées, agnostiques ou non-religieux. L’action solidaire a donc été menée main dans la main par des chrétiens et des non-croyants, et a permis de mettre en lumière les valeurs communes qui les animent au delà de leurs différences spirituelles.

Auckland Interfaith Council

Le conseil interreligieux d’Auckland agit dans l’une des villes les plus diverses au monde, où plus de 220 communautés ethniques sont recensées. Il réunit des responsables des différentes religions qui les rassemblent, pour mener en commun un certain nombre d’actions destinées à renforcer l’interconnaissance.

Le conseil a mis en place un programme de musique, qui permet de rassembler au cours d’évènements réguliers des orchestres et chorales de différents groupes religieux pour travailler sur un thème commun. Ce programme est en cours d’évolution puisque le conseil souhaite aller plus loin, et mettre en place une chorale et un orchestre qui soient interreligieux et permettent à des membres de différentes communautés de se retrouver régulièrement pour répéter ou faire des représentations ensemble.

Le conseil interreligieux d’Auckland encourage les échanges réguliers entre ses membres : par son biais, l’Eglise anglicane invite régulièrement des musulmans, des bouddhistes ou des sikhs à ses évènements par exemple. Ces liens sont renforcés par des visites régulières de lieux de cultes proposées par le conseil, qui invite tous les curieux et responsables religieux à passer les portes des temples, mosquées, cathédrales, églises ou synagogues pour déconstruire leurs préjugés et faire tomber les barrières mentales qui font obstacle à la coexistence positive entre les communautés d’Auckland. Des conférences et séminaires sont également menés en commun, sur des questions religieuses mais aussi sur différentes thématiques sociales ou bioéthiques : la naissance et la mort, le mariage, les violences domestiques, les substances addictives, ou encore l’écologie.

Le programme « Leadership Diversity Day » réunit pendant une journée des lycées de différentes institutions religieuses et publiques, pour débattre autour des différentes religions et de la spiritualité maori. Les ateliers sont menés par des étudiants, qui viennent témoigner de leurs différentes pratiques et inspirer l’envie de dialogue et d’action commune chez les plus jeunes. Certaines thématiques sociales et environnementales sont abordées et étudiées lors de chaque édition, sous le prisme de la spiritualité. Les retours des jeunes participants sont extrêmement positifs, car c’est le seul moment où ils peuvent rencontrer d’autres lycéens ailleurs que sur les terrains de sport. Un livret introductif sur les différentes religions présentées est distribué à tous les participants, qui peuvent l’emporter pour le lire. L’initiative vise à pallier le manque de connaissance sur les faits et pratiques religieuses dans un pays où ces questions ne sont pas abordées dans les programmes scolaires.

Khadija Leadership Network

Tayyaba Khan a créé une association de jeunes femmes musulmanes, pour répondre à un constat qu’elle a fait dans la société néo-zélandaise : on attend souvent des musulmans, et en particulier des femmes, qu’ils sachent répondre à toutes les questions concernant leur religion. Pour les préparer, leur permettre d’en apprendre le plus possible sur leur foi et de développer une identité dans laquelle elles se sentent à l’aise, elle organise pour les jeunes femmes des formations, des camps d’été et crée même des équipes sportives autour de l’islam. Elle explique son travail par une volonté de redonner aux femmes la position qu’elles sont supposées avoir dans l’islam, au lieu de celle qu’elles ont aujourd’hui. La confiance qu’elles acquièrent à parler de leur identité leur permet de s’ouvrir à d’autres, et les groupes du Khadija Leadership Network participent à de nombreux événements de dialogue interreligieux, locaux, nationaux ou à l’échelle du Pacifique.

Interfaith Friendship Group

Ravi et Kalyani, membres d’un groupe de dialogue interreligieux à Auckland depuis des années, ont souhaité travailler sur des actions concrètes à mener en commun avec des personnes de différentes communautés religieuses. Ils se sont rapprochés des groupes locaux de communautés, habitués à travailler sur des projets sociaux. Ils ont choisi d’organiser une journée pour les enfants en situation de précarité et leurs familles : l’objectif était de leur apporter de la joie mais aussi de rapprocher les différents groupes locaux apportant des informations pour les familles et les conseils interreligieux de la ville. Plus de 400 personnes ont participé à l’événement, dont beaucoup de jeunes qui ont décidé de monter un groupe d’actions interreligieuses autour de la lutte contre les changements climatiques. Ils ont notamment organisé quelques missions de plantations d’arbres.

Le Interfaith Friendship Group s’attèle maintenant à un nouveau projet : créer et faire tourner en commun une clinique dentaire gratuite. En effet, la Nouvelle-Zélande a un très bon système de santé publique mais certains soins, comme les soins dentaires, restent très onéreux.

Christchurch Methodist Church

L’église méthodiste de Christchurch a été détruite lors du tremblement de terre de 2011. La communauté a souhaité reconstruire un nouveau lieu de culte plus inclusif, qui ne serait pas attaché à une religion dominante : un bâtiment pour toutes les communautés religieuses, où des jeunes pourront lancer des groupes de dialogue interreligieux et où chacun pourra venir pour se sentir en sécurité. Les vitraux ne représentent pas de scène religieuse mais des couleurs différentes qui symbolisent l’harmonie dans la diversité. L’inauguration sera faite en commun par plusieurs responsables de communautés religieuses, et des musiciens de différentes traditions y donneront un concert. Il y aura aussi une exposition des œuvres d’un certain nombre d’enfants qui ont représenté ce que l’amour signifie pour eux.

Canterbury Interfaith Society

Tous les ans, à l’occasion de la Journée internationale de la paix, la Canterbury Interfaith Society organise une journée intitulée « Interfaith Prayers for World Peace » : les représentants d’un grand nombre de traditions religieuses présentes à Christchurch et aux alentours se réunissent autour de la cloche de la paix, dans le jardin botanique, pour prier ensemble.

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