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JournalSaison 4

Rien n’est jamais acquis

Début de vendredi plutôt calme sous le soleil de Tbilisi. Dès le réveil, nous commençons par travailler sur nos tâches personnelles. Avant le départ, nous avons travaillé pendant près d’un an et demi pour que le tour du monde se réalise. Réalisation de vidéos de présentation, étude des pays, recherche d’acteurs de paix et de personnes susceptibles de nous héberger lors de nos différents passages, et recherche de financements : on n’a pas chômé. Mon job à moi, c’est de tenir les comptes et de chercher de financements. On a quitté la France avec suffisamment de fonds pour assurer une bonne première partie du tour, mais il nous reste encore un peu d’argent à trouver pour revenir en France ! Il faut donc continuer à travailler sur ce point pendant le tour.

Après quelques heures de travail, nous regagnons le centre-ville, Abderrahim va prier à la mosquée car vendredi c’est Jumaa, une journée de prière importante pour les musulmans. D’ailleurs, la mosquée dans laquelle il va prier est une mosquée qui rassemble des Sunnites et des Chiites, deux branches de l’islam qui n’ont pas l’habitude de se retrouver pour prier. Une expérience intéressante pour Abde ! Pendant ce temps, avec Vincent et Adèle, nous allons manger des petits plats géorgiens. Nous faisons la connaissance d’une salade d’aubergines assaisonnée à l’ail délicieuse ! Après le repas, nous nous retrouvons tous les quatre à l’entrée d’un jardin botanique. C’est la deuxième fois que nous allons à cet endroit mais il est tellement grand qu’il nous reste pleins de choses à découvrir. Pendant quelques heures, nous tournons des vidéos qui nous serviront pour les vidéos-pays. À 17h40, nous activons le mode Fast and Furious : il ne nous reste plus que 20 minutes pour rejoindre notre rendez-vous avec l’ambassadeur et la première conseillère presse de l’ambassade de France. Mission accomplie, nous arrivons à 17h57 devant la porte !

Attablés dans l’une des salles de l’Institut français de Tbilissi, nous discutons avec l’Ambassadeur et la première conseillère. Après six jours passés ici et quatre organisations rencontrées, nous avons encore plus besoin de comprendre certains éléments. Nous revenons sur la question identitaire en Géorgie, qui est au cœur de nombreux débats. Entre les années 1980 et 2000, le pays a connu de nombreuses transformations qui ont profondément impacté le pays. L’arrivée au pouvoir d’un président nationaliste a renforcé l’idée d’une « identité géorgienne » dominante. Il faut préciser que la représentation des identités, et notamment de l’identité nationale et de son appartenance, dépendent d’un processus différent de celui que nous connaissons en France. Depuis quelques années, les discriminations envers les minorités se sont renforcées. Récupération des lieux de culte, difficile accès aux services publics dans des régions uniquement peuplés de minorités ou encore actes délibérément discriminatoires voire haineux, certaines tensions se sont exacerbées.

En 2015, des villages musulmans ont été pris pour cibles d’attaques et en 2018, un homme juif défenseur des droits humains a été assassiné en pleine rue. Tiphaine nous explique que les meurtriers sont deux jeunes de 20 et 23 ans, membres d’un groupe néo-nazi qui, le jour du procès, n’ont fait preuve d’aucune empathie et ont refusé de reconnaitre leur crime. Le plus choquant est que la justice a refusé de reconnaitre que ce crime est un crime de haine. D’ailleurs, aucun crime de haine n’a jamais été reconnu comme tel en Géorgie, que ce soit envers les personnes LGBTQI+ ou envers des minorités religieuses.

Il faut avouer qu’à ce moment-là j’ai vraiment eu un coup de mou. Quand tu marches dans des rues ou une mosquée qui accueille des Sunnites et des Chiites, côtoies une synagogue où tu peux rentrer sans passer de contrôles de sécurité puis qu’il suffit de traverser la route pour rentrer dans une église arménienne ou orthodoxe, mais qu’on te dit que l’année dernière quelqu’un a été assassiné sur une place publique au nom de sa religion et que la justice a refusé de le reconnaitre, tu tombes vraiment de haut. Heureusement, on a aussi eu l’occasion de discuter de nombreuses initiatives qui travaillent pour montrer la beauté de la diversité historique géorgienne, et qui font notamment le maximum pour impliquer les jeunes de communautés différentes. Il y a du travail à faire mais heureusement, il y a des acteurs motivés pour le faire ! C’est en parlant de ces acteurs que l’ambassade nous propose d’aller rencontrer Cabo, qui travaille pour l’Ombudsman, le Défenseur des droits. Accompagnés par Tiphaine qui nous aide à traduire nos échanges, nous peaufinons nos connaissances sur le contexte géorgien et sur les acteurs impliqués dans le dialogue entre les communautés ! Une fin de journée très riche et qui m’aide à reprendre le dessus après des discussions chargées d’émotions. Avant de rentrer, nous passons faire quelques courses dans un supermarché, où tout est vendu en vrac ! Ça mérite d’être dit parce que c’est vraiment quelque chose que j’aimerais voir plus souvent dans nos supermarchés.

Floraine

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