JournalSaison 4

Vinaka Vakalevu

Illustration du projet InterFaith Tour

Il y a des jours où tu te demandes : qu’est-ce que je fais là ? Aujourd’hui, je me suis posé la question, j’ai souri et j’ai remercié Dieu. Cette journée était vraiment spéciale, je pense que c’est une des plus belles journées que j’ai passé depuis le début du tour du monde.

La journée a commencé très tôt. On est réveillé par Nana à 6h. La maison est en effervescence, 10 personnes, 1 douche, et seulement 1 heure pour être prêts à temps, car le départ est à 7h. On fait la queue devant la porte de la douche pendant que les autres s’habillent ou boivent du thé. 1 heure, à peine le temps pour moi de me doucher, me brosser les dents, faire mes contours de barbe et m’habiller. Aux alentours de 7h, le mini-van arrive. On en profite pour prendre quelques photos avec nos beaux habits aux couleurs vives, on fait vraiment partie intégrante de la famille.

Illustration du projet InterFaith Tour
Famille fidjienne

Je remarque qu’un des boutons de ma chemise manque à l’appel. C’est la crise. Aussitôt, Nana prends ma chemise, Louisa retourne dans la maison récupérer le nécessaire de couture et alors qu’on prend la route, Nana finit en même pas 10 minutes. C’est vraiment la meilleure ! Après 1 heure 30 de traversée entre les villages, les montagnes au loin et les différents champs, on arrive au domicile de la mariée. On retrouve le reste de la famille, qu’on ne connait pas encore (et qui ne nous connaît pas non plus d’ailleurs). Les gens viennent nous saluer et demandent à prendre des photos avec nous, c’était un peu gênant au début mais on s’y est vite fait, après tout, on fait partie de la famille.

On s’installe dans la maison où la cérémonie commence. Tout se fait en fidjien donc on ne comprend pas, ce sont les hommes de la famille du marié qui parlent tout en portant une dent de baleine qui est un cadeau inestimable dans la culture fidjienne. Ils font des discours à la famille de la mariée afin d’officialiser l’accord de la mariée et de sa famille. Après 1 heure d’échanges, au rythme des claps de mains et des chants traditionnels, le petit-déjeuner est servi.

S’ensuit le déplacement de tous les cadeaux des mariés dans une pièce qui est spécialement décorée avec ces cadeaux par les femmes. A la fin, elles y chantent et dansent, et tout le monde vient voir la décoration et les cadeaux.

Illustration du projet InterFaith Tour
Maison décorée avec les cadeaux

Ensuite, nous prenons un car qui nous amène dans le lieu de la cérémonie officielle de mariage. 3 chanteurs, dont une au piano, annoncent l’entrée du marié accompagné de son témoin, puis la mariée accompagnée de ses 2 témoins. Les larmes commencent à couler dans la salle. Cette cérémonie guidée par un pasteur est rythmée par beaucoup de chants et de prières.

Illustration du projet InterFaith Tour
Cérémonie fidjienne

A la fin, après que les mariés ont dit oui, tout le monde fait la queue pour les féliciter, oui, tout le monde, même nous. Après ça, on a enfin pu manger un énorme festin, préparé dans le jardin. On s’assoit avec notre famille et on discute. Pendant que les autres vont danser, je profite de ce temps pour aller prier. Je rencontre après ça un garçon avec une chemise magnifique. Je vais le voir pour lui parler et le complimenter sur cette chemise, qui est de loin la plus belle que j’ai vu depuis ce matin. On parle un peu puis je retourne à ma place. La cérémonie étant terminé, on attend notre mini-bus pour rentrer à la maison. Certains dorment, d’autres discutent, d’autres encore prennent des photos, beaucoup de photos.

Illustration du projet InterFaith Tour
Festin fidjien

Soudain, je vois le marié qui m’appelle. Je vais le voir, sans comprendre vraiment ce qu’il me veut, et il m’indique que quelqu’un veut me parler. Je retrouve le jeune garçon de tout à l’heure (celui avec la belle chemise) avec sa famille, on discute et les parents me demandent s’il est vrai que j’ai aimé la chemise. Je dis que oui sans comprendre vraiment… c’est alors que le garçon enlève sa chemise et la plie pour me la donner. Je suis resté sans voix. Ses parents me disent qu’ils ont offert cette chemise à leur fils pour sa cérémonie de remise des diplômes. Je leur dit que je ne peux évidemment pas accepter ce cadeau, et je suis gêné comme jamais. C’est dans ce genre de situation que je me dis « mais pourquoi t’as ouvert ta bouche ? ». Je commence à regretter d’avoir dit que sa chemise était belle alors que je n’avais aucune idée derrière la tête. Toute la famille insiste pour que je la prenne et le garçon me tend sa chemise tout sourire. Je ne savais plus où me mettre. J’ai fini par la prendre, je sais que dans certaines cultures (comme la culture maghrébine), refuser un cadeau est impoli. Je les ai remercié infiniment pour ce cadeau auquel je prendrais grand soin.

Pendant que les autres dormaient dans le bus, j’ai passé tout le chemin du retour à réfléchir à ce qui s’était passé aujourd’hui. J’ai rarement été témoin de tant d’humilité et de bonté de coeur. J’ai pris une claque, il va me falloir du temps pour m’en remettre.

Abderrahim

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